L'épaisseur n'est pas une performance
Deux devis peuvent dire « 14 cm » et ne pas isoler la même maison. La résistance thermique R, en m²K/W, est l'épaisseur en mètres divisée par le lambda. Le lambda, λ, est la conductivité : plus il est bas, moins la chaleur traverse, à épaisseur égale.
Exemple. 140 mm de laine à λ 0,035 : 0,14 / 0,035 = R 4,0. 140 mm de polystyrène blanc à λ 0,038 : R 3,7. 80 mm de PIR à λ 0,022 : 0,08 / 0,022 = R 3,6. Le panneau le plus mince peut viser le même R. 16 mm, quel que soit le matériau, restent autour de R 0,4 à 0,7. Ce n'est pas une isolation de mur.
On demande toujours les deux chiffres : l'épaisseur posée et le lambda du produit. Un devis qui n'a que des centimètres ne se compare pas à un devis qui a un R.
Ordres de grandeur, pas une marque
Les lambda ci-dessous sont des fourchettes de produits courants, déclarées par les fabricants, au sec, en labo. Le produit du devis peut être en haut ou en bas de la fourchette. On lit la fiche du produit prévu, pas la moyenne du rayon.
Laine de verre et laine de roche : souvent λ 0,032 à 0,040. Bon rapport épaisseur / prix en combles et en intérieur. La laine craint l'eau : mouillée, le R s'effondre, et elle sèche mal si elle est enfermée.
Polystyrène expansé blanc (EPS) : autour de λ 0,036 à 0,038. EPS graphité : autour de 0,030 à 0,032. Courant en façade extérieure sous enduit. Il n'aime pas le soleil nu pendant le chantier, ni les solvants.
PIR : autour de λ 0,022 à 0,027. C'est l'isolant mince. Utile quand chaque centimètre se voit : intérieur, toiture au-dessus des chevrons, toiture plate, sol sous chape. Une face alu n'est un pare-vapeur que si les joints sont fermés. Posé avec des joints ouverts, c'est un panneau, pas une étanchéité.
XPS : autour de λ 0,029 à 0,036. Cellules fermées, il supporte l'humidité et la charge. On le met en cave humide, sous chape, en toiture inversée. Pas besoin d'en mettre partout : il est rarement le meilleur rapport R / prix au sec.
Fibre de bois : souvent λ 0,036 à 0,046. Il faut plus d'épaisseur pour le même R. Elle apporte de l'inertie, utile pour le confort d'été sous un toit. Elle se gorge d'eau si le détail de pluie est faux.
Ouate de cellulose : autour de λ 0,038 à 0,042, soufflée. Adaptée aux combles perdus irréguliers. Elle se tasse si la densité de soufflage est trop faible, et elle n'a rien à faire contre un conduit chaud.
Le R de la fiche n'est pas le R du mur
Le lambda de labo suppose un produit sec, jointif, non comprimé. Une laine écrasée derrière une plaque pour faire passer un câble n'a plus son épaisseur, donc plus son R. Un panneau de façade avec un jour de 8 mm au droit de chaque chevron thermique ou de chaque rail laisse une fuite d'air : le R théorique du panneau est intact, la paroi ne l'est pas.
Les ossatures bois ou métal traversent l'isolant. La part de bois se déduit. C'est pour ça qu'entre chevrons on ajoute presque toujours une couche sous les bois : le chevron est un petit pont répété. Le même raisonnement est dans les ponts thermiques, à l'échelle du mur entier.
Un isolant humide ne se « remet » pas en séchant dans tous les cas. Une laine qui a pris l'eau de pluie pendant trois semaines de façade ouverte se remplace. On ne la ferme pas derrière un enduit en se disant que l'été arrangera ça.
Quel isolant pour quel poste
Combles perdus : laine en rouleaux croisés ou ouate soufflée, 300 à 400 mm. Le lambda moyen suffit parce que l'épaisseur est disponible. Le détail qui compte est ailleurs : trappe, spots, conduit. Voir combles perdus.
Murs par l'extérieur sous enduit : EPS graphité ou laine de roche, épaisseur choisie pour dépasser R 3,5, souvent 120 à 160 mm selon le lambda. La laine de roche se discute quand le feu ou la perméabilité à la vapeur est le critère. L'EPS se discute quand le budget et l'épaisseur disponible priment. On le choisit sur la façade réelle, pas sur un forum.
Intérieur, quand les centimètres manquent : PIR, à condition que le pare-vapeur soit continu. 80 mm à λ 0,022 visent environ R 3,6, plus la plaque. Une laine de 80 mm à λ 0,035 reste autour de R 2,3. On ne l'appelle pas une isolation à 3,5.
Sol et cave : XPS ou PIR sous chape, laine ou PIR en sous-face de cave si c'est sec. Une cave vraiment humide ne reçoit pas de laine. Toiture plate : PIR en toit chaud, XPS en inversé, comme dans isoler une toiture plate.
La question à poser aux deux entrepreneurs
« Quel produit, quel lambda, quelle épaisseur, quel R en partie courante, et comment vous traitez les joints ? » Les deux offres deviennent comparables. Celui qui répond en centimètres seuls n'a pas fini son calcul.
Le prix au m² vient après. Un m² moins cher avec un R de 2,5 n'est pas une affaire à côté d'un m² plus cher avec un R de 4. On paye la résistance posée, jointive, sèche, raccordée aux tableaux et à la toiture.
Questions fréquentes
C'est quoi un bon lambda ?
Il n'y a pas un bon lambda dans l'absolu. 0,022 (PIR) isole plus au centimètre que 0,038 (laine ou EPS blanc). On compare le R obtenu avec l'épaisseur qu'on peut vraiment poser.
Pourquoi viser 3,5 m²K/W sur un mur ?
C'est le plancher en dessous duquel on ne parle pas d'un mur isolé, sur nos devis. Les aides et la PEB de votre région peuvent demander davantage. 3,5 n'est pas un maximum.
La fibre de bois est-elle « plus saine » ?
Elle a plus d'inertie, donc un toit qui monte moins vite en température l'été. Pour le même R, elle est plus épaisse. Le détail d'eau compte autant que la matière.
Peut-on mélanger deux isolants ?
Oui, si l'ordre des couches est cohérent et que le pare-vapeur est du côté chaud. On ne colle pas une couche au hasard « pour renforcer » sans recalculer.
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